| Verdad Verdade Wahrheit |
| Chers Messieurs, |
| Nous remercions le Seigneur de cette rencontre quI1 Nous donne davoir avec des spécialistes hautement qualifiés de lexégèse, de la théologie et de la philosophie, venus mettre fraternellement en commun leurs recherches sur le mystère de la Résurrection du Christ. |
| Pour répondre à votre attente, Nous voudrions en toute simplicité vous livrer quelques pensées qui Nous sont suggérées par ce thème capital de la Résurrection de Jésus, que vous avez si heureusement choisi comme objet de vos travaux. |
| LA FONTE DELLA PREDICAZIONE CRISTIANA |
| 1. Est-il besoin, tout dabord, de vous manifester limportance radicale que Nous attachons à cette étude, comme tous nos fils et frères chrétiens, et, oserions-Nous dire, encore plus queux tous, à la place où le Seigneur Nous, à placé dans son Eglise, comme témoin et gardien privilégié de la foi? Vous en êtes bien tous persuadés! |
| Nest-ce pas toute lhistoire évangélique qui est centrée sur la Résurrection: sans elle, que seraient les évangiles eux-mêmes, qui annoncent la Bonne Nouvelle du Seigneur Jésus»? Ne trouvons-nous pas là la source de toute la prédication chrétienne, depuis le premier kérygme, lequel est né précisément du témoignage de la résurrection? (Cfr. Act. 2, 32) |
| Nest-ce pas toujours le pôle de toute lépistémologie de la foi, sans lequel elle perdrait sa consistance, selon les mots mêmes de lapôtre saint Paul: «Si le Christ nest pas ressuscité . . . . vide est notre foi» (Cfr. 1 Cor. 15, 1-4). |
| Nest-ce pas la même Résurrection qui, seule, donne son sens à toute la liturgie, à nos «Eucharisties», en nous assurant de la présence du Ressuscité que nous célébrons dans laction de grâce: «Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire» (Anamnèsis). |
| Oui, toute lespérance chrétienne est fondée sur la Résurrection du Christ, sur laquelle est «ancrée» notre propre résurrection avec lui. Bien plus, dès maintenant nous sommes ressuscités avec lui (Cfr. Col. 3, 1): toute létoffe de notre vie chrétienne est tissée de cette inébranlable certitude et de cette réalité cachée, avec la joie et le dynamisme quelles engendrent. |
| 2. Aussi nest-il pas étonnant quun tel mystère, si fondamental pour notre foi, si prodigieux pour notre intelligence, ait toujours suscité, avec lintérêt passionné des exégètes, une contestation multiforme, tout au long de lhistoire. Ce phénomène se manifestait déjà du vivant même de lévangéliste saint Jean, qui estimait nécessaire de préciser que Thomas lincrédule avait été invité à toucher de ses mains la marque des clous et le côté blessé du Verbe de Vie ressuscité (Cfr. Io. 20, 24-29). |
| Comment ne pas évoquer, depuis lors, les tentatives dune gnose toujours renaissante sous de multiples formes, pour pénétrer ce mystère avec toutes les ressources de lesprit humain, et sefforcer aussi de le réduire aux dimensions de catégories tout humaines? Tentation bien compréhensible, certes, et sans doute inévitable, mais dont une pente redoutable tend à évacuer insensiblement toutes les richesses et la portée de ce qui est dabord un fait: la Résurrection du Sauveur. |
| Aujourdhui même - et ce nest certes pas à vous que Nous avons besoin de le rappeler - Nous voyons cette tendance manifester ses ultimes conséquences dramatiques, allant jusquà nier, auprès de fidèles qui se disent chrétiens, la valeur historique des témoignages inspirés, ou, plus récemment, en interprétant de façon purement mythique, spirituelle ou morale, la résurrection physique de Jésus. Comment ne ressentirions-nous pas profondément leffet dissolvant de ces discussions délétères, pour tant de fidèles? Mais, Nous le proclamons avec force: cest sans crainte que Nous considérons tout cela, car, aujourdhui comme hier, le témoignage « des Onze et de leurs compagnons » est capable, avec la grâce de lEsprit Saint, de susciter la vraie foi: «Cest bien vrai! Le Seigneur est ressuscité, et il est apparu à Pierre» (Luc. 24. 34-35). |
| LAVORO ERMENEUTICO ED ESEGETICO |
| 3. Cest dans ces sentiments que Nous observons avec un grand respect le travail herméneutique et exégétique que des hommes de science qualifiés comme vous accomplissent autour de ce thème fondamental. Cette attitude est conforme aux principes et aux normes que 1Eglise catholique a établis pour les études bibliques; quil Nous suffise de rappeler ici les encycliques bien connues de nos prédécesseurs: Providentissimus Deus, de Léon XIII en 1893, et Divino aflante Spiritu de Pie XII, en 1943, ainsi que la récente Constitution dogmatique Dei Verbum du Concile Vatican II: non seulement la saine liberté de recherches sy trouve reconnue, mais on y recommande aussi leffort nécessaire pour adapter létude de la Sainte Ecriture aux besoins daujourdhui, et pour «vraiment découvrir ce que lauteur sacré a voulu affirmer» (Cfr. Dei Verbum, 12). |
| Cette perspective retient lattention du monde de la culture et est source de nouveaux enrichissements pour les études bibliques. Nous sommes heureux quil en soit ainsi. Comme toujours, lEglise apparait gardienne jalouse de la révélation écrite; et aujourdhui elle se montre animée dune préoccupation réaliste: tout connaître et tout peser avec discernement, en interprétant de façon critique le texte biblique. Ainsi lEglise, tout en se donnant le moyen de connaître la pensée des autres, cherche à vérifier celle qui lui est propre, et à offrir des occasions de rencontres loyales et réconfortantes à tant desprits droits en recherche. Bien plus, lEglise, elle aussi, rencontre les difficultés inhérentes à lexégèse des textes douteux et difficiles, et elle éprouve lutilité des diverses opinions. Saint Augustin le notait déjà: «Utile est autem ut de obscuritatibus divinarum Scripturarum, quas exercitationis nostrae causa Deus esse voluit multae inveniantur sententiae, cum aliud alii videtur, quae tamen omnes sanae fidei doctrinaeque concordant» (Ep. ad Paulinum, 149, 34; PL 33, 644). |
| Et lEglise exhorte, toujours sous la conduite de saint Augustin, à rechercher les solutions par létude et la prière conjointes: «Non solum admonendi sunt studiosi venerabilium Litterarum, ut in Scripturis sanctis genera locutionum sciant . . . . verum etiam, quod est praecipuum et maxime necessarium, orent ut intelligant» (De Doctrina christiana, III, 56; PL 34, 89). |
| ARRICCHIMENTO DEGLI STUDI BIBLICI |
| 4. Mais revenons-en au thème qui est lobjet de votre Symposium. Il Nous semble, quant à Nous, que cette somme danalyses et de réflexions aboutit à confirmer, avec laide de nouvelles recherches, la doctrine que 1Eglise tient et professe en ce qui concerne le mystère de la Résurrection. Comme le notait avec finesse et délicatesse le regretté Romano Guardini, dans une pénétrante méditation de foi, les récits évangéliques soulignent « souvent et avec force que le Christ ressuscité est tout autre que celui davant Pâques et que le reste des hommes. Sa nature, dans les récits, a quelque chose détranger. Son approche bouleverse, remplit de frayeur. Alors quautrefois, il «venait» et «allait», il est dit maintenant quil «apparaît» «subitement», à côté des pèlerins, quil «disparaît» (Cfr. Marc. 16, 9-14; Luc. 24, 31-36). Les barrières corporelles nexistent plus pour lui. Il nest plus astreint aux frontières de lespace et du temps. Il se meut avec une liberté nouvelle, inconnue sur terre . . . mais en même temps, il est affirmé vivement quil est Jésus de Nazareth, en chair et en os, tel quil a vécu jadis avec les siens, et non pas un fantôme . . .». Oui, «le Seigneur est transformé. Il vit autrement quauparavant. Son existence présente nous est incompréhensible. Et cependant elle est corporelle, elle contient Jésus tout entier,... et même, à travers ses plaies, toute sa vie vécue, le sort subi par lui, sa passion et sa mort». Ce nest donc pas seulement une survivance glorieuse de son moi. Nous sommes en présence dune réalité profonde et complexe, dune vie nouvelle, pleinement humaine: «La pénétration, la transformation de la vie entière, y compris le corps, par la présence de lEsprit Saint . . . Nous réalisons ce changement daxe qui sappelle foi et qui, au lieu de penser le Christ en fonction du monde, fait penser le monde et toutes choses en fonction du Christ . . . La Résurrection développe un germe quil a toujours porté en lui». Oui, dirons-nous avec Romano Guardini, «il nous faut la résurrection et la transfiguration pour comprendre vraiment ce quest le corps humain . . . En réalité, le christianisme seul a osé placer le corps dans les profondeurs les plus cachées de Dieu» (R. GUARDINI, Le Seigneur, trad. R. P. Lorson, t. 2, Paris, Alsatia 1945, pp. 119-126). |
| SICUREZZA DELLA TRADIZIONE |
| Devant ce mystère, nous demeurons tous saisis dadmiration et remplis démerveillement, tout comme devant les mystères de lIncarnation et de la naissance virginale (Cfr. S. GREG. M., Hom. 26 in Ev., lecture du bréviaire du dimanche in albis). Laissons-nous donc introduire, avec les apôtres, dans la foi au Christ ressuscité qui seule peut nous apporter le salut (Cfr. Act. 4, 12). |
| Soyons aussi pleins de confiance dans la sécurité de la Tradition que lEglise garantit avec son magistère, elle qui encourage létude scientifique en même temps quelle continue à proclamer la foi des Apôtres. |
| Chers Messieurs, ces quelques paroles toutes simples, au terme de vos savants travaux, ne voulaient que vous encourager à les poursuivre dans cette même foi, sans jamais perdre de vue le service du peuple de Dieu, tout entier «régénéré par la Résurrection de Jésus Christ dentre les morts, pour une vivante espérance» (1 Petr. 1, 3). Et Nous, au nom «de celui qui est mort et qui a repris vie», de ce «témoin fidèle, premier-né dentre les morts» (Apoc. 1, 5; 2, 8), Nous vous donnons de tout coeur, en gage dabondantes grâces pour la fécondité de vos recherches, Notre Bénédiction Apostolique. |
| (DISCOURS DU PAPE PAUL VI; AUX PARTICIPANTS AU SYMPOSIUM SUR; LE MYSTÈRE DE LA RÉSURRECTION DU CHRIST; Samedi 4 avril 1970) |